Appréciation des bordeaux 2005 à Singapore
Lors de leur déplacement à Singapore, 12 Membres du GJE ont dégusté lors d’une MasterClass devant une bonne centaine de participants, 27 grands crus de Bordeaux du célébrissime millésime 2005.
Au départ, nous avions quelques soucis de présenter ainsi à l’aveugle ces vins dont on craignait qu’ils soient fermés, durs, peu propices à une belle dégustation à laquelle ne manquerait point le facteur « plaisir ».
Il n’en fut rien, et à notre propre étonnement les vins s’apprécièrent bien plus facilement qu’on aurait pu l’imaginer.
Rappelons que nous utilisions la nouvelle échelle de notation décrite par ailleurs dans la section « grand jury européen », allant de 0 à 7 avec chaque fois une description qui oblige le dégustateur à mettre une note correspondant à ce commentaire qui doit être, autant que faire se peut, en harmonie avec sa propre opinion. Chacun reconnaît qu’il y a dans ce nouveau système une rigueur qu’il va falloir intégrer dans l’écriture de la note.
Toute la session, comme celle des barolos par ailleurs, était divisé en plusieurs flights, plusieurs séries, ayant chacune un dénominateur ± commun, comme par exemple, l’appellation ou la sous-région. Notre but premier étant de montrer, si faire se peut là aussi,, des styles, des terroirs, des similitudes entre quelques crus.
Ce qui fut remarquable dans la moyenne des notes des 12 Membres du GJE, c’est la tenue de tous les vins, sans exception, dans deux niveaux de notes : 4 & 5. Comme d’habitude chez les participants comme pour le GJE, la surprise est venue de crus « modestes » dans cet aéropage de noms célébrissimes. Reignac, Haut-Condissas se promenaient sans complexes parmi les habituels de nos podiums. Surprise moindre pour le GJE qui commence à en avoir l’habitude, mais étonnement des participants qui, ne l’oublions pas, dégustaient à l’aveugle comme le GJE.
Comme d’habitude, les deux tendances préférentielles des membres du GJE (puissance riche ou finesse complexe) se sont confirmées, sans excès toutefois d’un côté ou de l’autre.
Il n’y a pas eu de dominante d’une rive sur l’autre, bien au contraire. L’imbrication des crus « rive droite et rive gauche » était d’une harmonie quasi parfaite. C’est très bien ainsi car, faut-il le répéter, l’amateur de base n’est pas autant que nous focalisé par cette séparation un peu systématique et inutile que nous pratiquons trop en Europe et aux USA.
Rappel des définitions 4 & 5 :
5 = TB Très bon
Pas de défauts. De belles qualités évidentes. Une longueur. Equilibré. On est sous le charme. Une classe internationale.
4 = B Bon
Les qualités restent supérieures aux petits défauts (dans le sens de « petites faiblesses ») qui sont cependant nets mais n’altèrent que modérément un réel plaisir à partager ce vin entre amis.
Comme on le sait, une dégustation à l’aveugle est fondamentalement une photographie, une image à un moment « T », tant il peut être difficile d’évaluer dans de telles conditions le potentiel du cru, chose bien plus facile, on s’en doute, quand on a devant soi l’étiquette et tout ce qu’elle apporte d’historique, de culturel, de mémoire.
Mais la leçon fondamentale d’une telle dégustation est que l’apprentissage du vin se fait et doit se faire fondamentalement par comparaison, à l’aveugle ou non. Comme dans toute chose par ailleurs. Nous sommes habitués depuis longtemps à des comparatifs automobiles, de chaînes stéréo, d’écrans, d’appareils photos. Pourquoi ne pourrait-il pas en être de même dans le vin ? Certes, il y a des comparaisons inutiles et sans intérêt comme par exemple de comparer un Jura d’un Bordeaux ou un Savoie d’un Châteauneuf du Pape. Mais qui va comparer une Clio à une BMW ?
Si nous devons tirer une leçon de ce type de MasterClass, c’est l’ardente obligation de ne plus se contenter d’une simple hiérarchie, mais bien d’essayer de définir des styles de vins, une notion qui est bien plus parlante pour l’amateur. Nous avons demandé ainsi à Jacques Perrin, l’éditeur de Vinifera, de présenter ses notes des primeurs 2009 selon quelques styles qu’il définira. En effet, et l’exemple de Cos d’Estournel 2009 est flagrant à cet égard : nous avons là un vin dont la puissance a été qualifiée par certains de « monstrueuse » alors qu’un Vieux Château Certan qui sera aussi en haut de l’échelle est tout en finesse, élégance. Normalement, tout cela doit être écrit dans les commentaires des critiques – ce que font les meilleurs – mais, franchement, qui prend le temps de tout lire soigneusement ? En mettant des têtes de chapitre « styles », on devrait faciliter la compréhension des notes brutes et trop simplificatrices.
Qu’il me soit permis de remercier encore une fois les Producteurs de ces crus célébrissimes qui ont accepté notre méthode de travail avec l’humilité qu’elle implique.
Rappel des vins dégustés :
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